Le monothéisme authentique selon la compréhension de nos pieux prédécesseurs.
Le rang élevé des combattants de Badr d'Ibn Qayyim
Le Prophète salla allahou aleyhi wa salam a dit : "Qui te permet d'affirmer que Hâtib mérite la mort ? Sache qu'Allah a considéré les combattants de Badr et leur a dit : "Faites ce que vous voulez car Je vous ai pardonné."1 Le sens de ce hadith a posé problème à de nombreuses personnes, car en apparence il autorise les combattants de Badr à faire ce qu'ils veulent et comme bon leur semble. Or ceci est irrecevable.
Un groupe de savants parmi lesquels Ibn Jawzi a dit : "Dans ce hadith : "faites ce que vous voulez" ne désigne pas le futur mais le passé. Le sens est alors : Quoi que vous ayez commis dans le passé, Je vous ai pardonné. Ibn Jawzi a dit : "Deux éléments indiquent ce choix :
Premièrement :si cela désignait le futur, la réponse dans le hadith aurait été : Je vous pardonnerai.
Deuxièmement :Si le futur était désigné, cela signifierait que les péchés leur sont absolument permis, ce qui est impossible.
En d'autres termes, le sens véritable de ce hadith est le suivant : "Par votre participation à cette bataille, Je vous ai pardonné vos péchés passés."
Mais cette argumentation est faible pour deux raisons :
La première :l'expression : "faites ce que vous voulez" indique que le futur et non le passé, car rien n'implique nécessairement qu'il y ait une concordance de temps avec "Je vous ai pardonné". Au contraire "Je vous ai pardonné" vient souligner la réalisation de ce pardon dans le futur, comme dans Sa Parole2 :
"L'Ordre d'Allah arrive." Sourate An-Nahl, verset 1
"Lorsque ton Seigneur viendra ainsi que les anges, rang par rang."Sourate Al-Fajr, verset 22
Et d'autres versets semblables encore.
La deuxième :le hadith lui-même rejette cette interprétation, car cette parole du Prophète salla allahou aleyhi wa salam vient après avoir découver que Hatib ibn Abî Balta'ah avait transmis des informations statégiques aux Qurayshites, et ce péché eut lieu après la bataille de Badr et non avant. C'est la cause de ce hadith et son seul sens.
Notre avis sur cette question allahouarlem est que cette parole s'adresse à des gens dont Allah ta'ala a su qu'ils n'abandonneraient jamais leur religion et qu'ils mourraient fidèles à l'Islam, mais qu'ils pourraient, au même titre que d'autres, commettre des péchés. Cependant, Allah azawajel ne les laissera pas persister dans le péché, et au contraire leur accordera un repentir sincère pour ces péchés, une demande de pardon et de bonnes actions qui viendront en effacer les traces. Leur spécificité par rapport à d'autres sur cette question, s'est que cela est réellement réalisé pour eux et qu'ils sont pardonnés.
Cette promesse n'empêche pas que ce pardon se réalise par certaines cause qu'ils provoqueraient eux-mêmes, de même que cela n'implique pas qu'ils délaissent les obligations en comptant uniquement sur le pardon d'Allah ta'ala. Si ce pardon s'était réalisé sans avoir à respecter les commandements d'Allah, ils n'auraient plus eu besoin après cela d'accomplir la salat, le jeûne, le Hajj, le Djihad ou de s'acquitter la zajât ! Mais cela est abberrant !
Le repentir après le péché compte parmi les plus impératives des obligations, et l'assurance du pardon n'implique pas que l'on abandonne les causes.
Un cas ressemblable à celui-ci apparaît dans un autre hadith : "Un serviteur commit un péché et dit : "Ô Seigneur ! J'ai commis un péché, alors pardonne-moi !" Allah lui pardonna alors et le serviteur resta ainsi autant qu'Allah le voulut, puis il commit un autre péché. Il dit : "Ô Seigneur ! J'ai commis un péché, alors pardonne-moi !" Allah lui pardonna et le serviteur resta ainsi autant qu'Allah le voulut, puis il commit un autre péché. Il dit : "Ô Seigneur ! J'ai commis un péché, alors pardonne-moi !" Allah dit alors : "Mon serviteur a su qu'il avait un Seigneur qui pardonnait et pouvait châtier pour un péché commis. J'ai pardonné à Mon serviteur, qu'il fasse donc ce qu"il veut." Rapporté par Al-Bukhari (7507), Muslim (2758)
Cela signifie aucunement une permission générale d'Allah azawajel de commettre des péchés ou des crimes, mais cela montre uniquement que tant que le serviteur agit de la sorte - il commet un péché et se repent - Allah ta'ala lui pardonne. Cette spécificité accordée à ce serviteur qui a su qu'il ne devait pas persister dans le péché et devait se repentir à chaque fois qu'il en commettait un, touche en fait toute personne dans cette situation. Mais pour le serviteur désigné dans le hadith cela s'est accompli de manière définitive, de la même manière que pour les combattants de Badr.
De même, parmi les Compagnons à qui le Prophète salla allahou aleyhi wa salam a annoncé le Paradis ou le pardon des péchés n'a compris qu'il pouvait commettre tous les péchés qu'il voulait et qu'on lui pardonnnerait de délaisser les obligations. Au contraire, ils ont fait plus d'efforts encore, étaient plus attentifs et craignaient Allah ta'ala plus encore après avoir reçu cette bonne nouvelle, comme les célèbres dix compagnons promis au Paradis. Le Véridique Abû Bakr faisait très attention et craignait beaucoup Allah, de même que 'Umar, car ils ont su que cette bonne annonce était restreinte par la pratique des conditions jusqu'à la mort, et par le délaissement de tout ce qui s'y oppose. Aucun d'entre eux n'a compris qu'il s'agissait d'une permission de faire ce qu'ils voulaient.
1- Il était un compagnon qui avait envoyé une lettre à ses proches résidant de la Mecque, pour avertir du fait que le Prophète saws comptait attaquer la ville sainte pour la libérer de l'emprise des polythéistes de Quraych. Hâtib ne cherchait par là qu'à protéger ses proches, sachant qu'ils n'avaient personne pour les défendre, et ce n'était donc pas un acte de trahison, comme a pu le penser 'Umar qui le menaça de mort. D'où la réponse du Prophète saws.
2- Dans les deux extraits de versets suivants, le temps utilisé est le passé, mais l'action indiquée se produira dans le futur, cela marque donc l'insistance.
Source :
Les Méditations
Ibn Qayyim Al-Jawziyya
Editions Tawbah